
Alors que l’attention du monde se porte vers les crises géopolitiques, les tensions économiques ou les bouleversements climatiques, une autre tragédie se déroule dans un relatif silence : la résurgence d’Ebola en République démocratique du Congo. Depuis mai 2026, le pays fait face à sa dix-septième épidémie de maladie à virus Ebola. Cette flambée, provoquée par le virus Ebola de type Bundibugyo, frappe particulièrement l’est du pays et plus spécialement la province de l’Ituri, région déjà éprouvée par l’instabilité sécuritaire, les déplacements de population et la fragilité des infrastructures sanitaires.
Le bilan communiqué le 19 août 2026 par les autorités sanitaires congolaises fait état de 5 021 contaminations et de 2 378 décès. Six provinces sont touchées. Derrière ces statistiques se cache une réalité plus profonde : celle d’hommes, de femmes et d’enfants confrontés à l’une des maladies les plus redoutées du continent africain. Dans les centres de traitement, les équipes médicales se battent chaque jour contre le virus. Sur le terrain, elles doivent également lutter contre la peur, les rumeurs, la fatigue collective et parfois même contre les violences dirigées à leur encontre.
L’Ituri est devenue l’un des épicentres de cette bataille. À Rwampara, près de Bunia, le Centre de traitement Ebola symbolise cette lutte permanente entre la maladie et la volonté des soignants de sauver des vies. Le site a lui-même été marqué par des tensions lorsque des installations médicales d’ALIMA ont été incendiées en mai 2026 à la suite d’incidents liés à la gestion d’un décès suspect. Malgré ces événements, les personnels ont poursuivi leur mission et réorganisé immédiatement les soins. Cette capacité de résilience témoigne du courage exceptionnel des équipes engagées dans la riposte sanitaire.
C’est dans ce contexte qu’émerge une figure singulière : celle de Sa Majesté la Reine Alphonsine Kandé, Reine Mère du Bajila Kapumbu et Grand Maître de l’Ordre royal de l’Orbe d’Or. Professionnelle de santé autant qu’autorité coutumière, elle incarne une convergence rare entre la légitimité traditionnelle et l’action humanitaire moderne. Son implication dans la lutte contre Ebola ne relève ni de la communication ni du symbole. Depuis plusieurs mois, elle intervient auprès des populations concernées afin de favoriser la prévention, de sensibiliser les familles, d’accompagner les personnes déplacées et de promouvoir les bonnes pratiques sanitaires auprès des communautés locales.
Dans les zones touchées par Ebola, la confiance constitue souvent le premier rempart contre la propagation de la maladie. Les traitements et les protocoles médicaux n’atteignent leur pleine efficacité que lorsqu’ils sont compris et acceptés par les populations. Grâce à sa double qualité de professionnelle de santé et d’autorité traditionnelle, la Reine Alphonsine Kandé contribue à établir ce lien précieux entre les équipes médicales et les communautés. Elle intervient notamment auprès des femmes enceintes, des familles déplacées et des populations les plus exposées aux risques sanitaires.
Cette vision humaniste de l’action publique trouve aujourd’hui sa traduction dans l’Ordre royal de l’Orbe d’Or du Bajila Kapumbu, institution fondée sous la devise : « Tradition, Dignité, Rayonnement ». Loin d’une conception décorative de l’honneur, cet ordre entend distinguer celles et ceux qui se mettent au service de la dignité humaine, de la solidarité et de la protection des plus vulnérables. Sa philosophie est résumée dans une formule qui sonne comme un manifeste : « Votre noblesse se forge par vos actes. »
Le samedi 29 août 2026, cette philosophie prendra une dimension particulièrement concrète. Au Centre de traitement Ebola de Rwampara, la Reine Alphonsine Kandé procédera à la réception d’une nouvelle promotion de Chevaliers de l’Ordre royal de l’Orbe d’Or. Le choix du lieu est hautement symbolique : il ne s’agit pas de célébrer l’engagement dans un palais ou dans une salle de réception, mais au cœur même de la lutte contre l’épidémie.
Parmi les récipiendaires figure le Docteur Richard Kojan, médecin réanimateur et personnalité majeure de la prise en charge d’Ebola au sein de l’organisation humanitaire ALIMA. La Reine Alphonsine Kandé a rendu un hommage particulièrement appuyé à son action, soulignant son engagement au service de soins humanisés ainsi que le courage dont il a fait preuve après avoir lui-même contracté le virus au cours de sa carrière. Son parcours incarne cette médecine de terrain qui refuse d’abandonner les patients même dans les circonstances les plus extrêmes.

Docteur Richard Kojan
Sera également distingué le Docteur Albert Tshiala Lubenga, coordonnateur de la réponse Ebola d’ALIMA. Au-delà de l’exercice médical, sa mission consiste à organiser et coordonner les moyens humains et techniques indispensables à la lutte contre l’épidémie. Dans un contexte caractérisé par les urgences permanentes et la difficulté des déplacements, ce travail de coordination est essentiel à l’efficacité de la riposte.

Docteur Albert Tshiala Lubenga
Le Docteur Mohamed Seto Camara, médecin référent pour les urgences Ebola au sein d’ALIMA, rejoindra lui aussi les rangs de l’Ordre. Son expertise dans la gestion des cas les plus complexes et son engagement auprès des équipes opérationnelles ont fait de lui l’un des acteurs importants du dispositif sanitaire mis en place en Ituri.

Docteur Mohamed Seto Camara
Le Docteur Patient Wenga, membre d’une Équipe d’intervention rapide mobilisée dans la lutte contre Ebola, sera également honoré. Ces équipes jouent un rôle déterminant dans l’identification rapide des foyers de contamination, le suivi des contacts et la mise en œuvre des mesures permettant d’éviter la propagation du virus.

Docteur Patient Wenga
La promotion ne se limite pas aux seuls médecins. Elle distingue également Madame Esther Nyakatho Nzale, hygiéniste, et Madame Jemima Tibasaga Kaburuza, infirmière. Ce choix revêt une importance particulière. La lutte contre Ebola n’est pas seulement celle des spécialistes les plus visibles. Elle repose aussi sur des professions souvent moins médiatisées mais absolument indispensables : les infirmiers, les hygiénistes, les logisticiens, les agents communautaires et tous ceux qui assurent quotidiennement le fonctionnement de la chaîne de soins.
Cette promotion exprime une conception profondément moderne de l’honneur. L’Ordre royal de l’Orbe d’Or ne récompense ni la fortune ni le statut social. Il distingue des femmes et des hommes qui ont accepté de servir dans un environnement où l’exercice même de leur profession peut mettre leur propre vie en danger. En cela, il rejoint une tradition ancienne selon laquelle la noblesse véritable ne réside pas dans l’héritage reçu mais dans les devoirs assumés.
L’action de la Reine Alphonsine Kandé dépasse toutefois la seule dimension honorifique. L’Ordre soutient également des initiatives destinées à renforcer la prévention, la formation des personnels soignants, les capacités d’isolement des patients, l’amélioration des équipements de protection et l’accès aux populations déplacées ou éloignées des structures de soins. Cette mobilisation illustre une conviction simple : la lutte contre Ebola ne peut réussir sans un engagement collectif associant les autorités sanitaires, les organisations humanitaires, les communautés locales et les leaders traditionnels.
Dans une époque souvent marquée par le doute à l’égard des institutions, la cérémonie de Rwampara rappelle une vérité essentielle. Lorsque les grandes crises frappent les sociétés humaines, la réponse ne dépend pas seulement des technologies ou des moyens financiers. Elle dépend aussi du courage de quelques-uns, de la solidarité du plus grand nombre et de la capacité de certaines personnalités à transformer leur autorité en service. En honorant les soignants d’Ebola au cœur même de l’épidémie, la Reine Alphonsine Kandé rappelle que la véritable grandeur ne se mesure pas au pouvoir que l’on exerce, mais à la protection que l’on apporte aux autres.
Et c’est peut-être là, au milieu des tentes médicales de Rwampara, loin des capitales et des tribunes internationales, que se trouve aujourd’hui l’une des plus belles leçons de dignité humaine.