Brazzaville, mémoire vive de l’Afrique et miroir d’un 21 janvier chargé d’Histoire

Le mémoriel n’est jamais une simple évocation du passé : il est un acte vivant, une manière de relier les peuples à ce qui fonde leur identité. En Afrique comme en Europe, les dates, les lieux et les gestes qui portent l’empreinte de l’Histoire continuent d’éclairer les chemins de l’avenir. C’est ce sens profond que rappelait en juin 2025 Jean Philippe Carpentier, en qualité de Président du Corps Consulaire de Normandie, lors d’un dîner consacré à Brazzaville, « grande capitale oubliée ».

Dans son intervention, Jean-Philippe Carpentier soulignait la nécessité de redonner à Brazzaville la place qui lui revient dans l’imaginaire collectif international et rappelait sa place, elle d’une « une cité d’une richesse mémorielle, culturelle et économique inestimable »,soulignant que Brazzaville, « ancienne capitale de la France Libre, théâtre des conférences historiques qui ont marqué le XXe siècle » est le « lieu où résonna, en 1944, le discours mémorable du Général de Gaulle, scellant son rôle dans l’histoire de la liberté.»

L’Afrique comme la France n’oublieront jamais que c’est depuis Brazzaville que commença à véritablement s’organiser la Résistance. Le 24 octobre 1940, le Général de Gaulle arrivait à Brazzaville. Le 26, De Gaulle prononçait un discours mémorable sur l’organisation de la« Riposte française ». Le lendemain, le manifeste de création du « Conseil de Défense de l’Empire », composé entre autres de Félix Eboué, de René Cassin et du Colonel Leclerc, était rendu public.

C’est encore à Brazzaville, à la suite de la Conférence de 1944, organisée par le Comité Français de Libération Nationale, que fut aboli le « Code » dit de l’indigénat. Enfin, c’est le24 août 1958, quelques semaines avant l’adoption de la Constitution de la Cinquième République, que le futur Chef de l’Etat posait les jalons de l’indépendance pour les territoires français en Afrique.

 Toutefois, les liens d’amitié entre la France et Brazzaville ne remontent pas seulement à la Seconde Guerre Mondiale. En effet, Jean-Philippe Carpentier, descendant agnatique de Louis XV via son petit-fils Charles X, précisait également que « le Code forestier créé en 1827 sous l’impulsion de Charles X s’est un temps appliqué directement au Congo-Brazzaville et son contenu irrigue encore les principes du nouveau Code forestier congolais du 8 juillet 2020. ».Cette continuité juridique représente indéniablement un héritage commun entre les ordres juridiques et les systèmes de Droit français et congolais, témoin d’une mémoire du Droit partagée.

 De Charles X à Charles de Gaulle, Brazzaville se souvient. Par son intervention de juin 2025, Jean-Philippe Carpentier rappelait ce que Brazzaville représente : un carrefour où s’entrelacent les combats pour la liberté, les héritages de la France libre, les cultures congolaises et les ambitions d’un continent tourné vers l’avenir.


Le mémoriel, ici, n’est pas un exercice de nostalgie : il est une dynamique. 


Il s’incarne dans la redécouverte du rôle moteur du Congo dans l’Histoire contemporaine, mais aussi dans la volonté de valoriser les patrimoines africains comme sources d’influence, de créativité et de coopération internationale. Ce sens du mémoriel prend un relief singulier lorsqu’on observe la portée symbolique du 21 janvier, date hautement chargée en France, notamment dans l’histoire monarchique. 

Le 21 janvier 2026, Jean-Philippe Carpentier était présent à Paris à l’occasion d’une cérémonie de recueillement familiale, organisée par l’Institut du Sang de France, dédiée aux défunts de la Famille Royale de France, notamment Louis XVI, et à ceux de la famille Carpentier. Pour mémoire, Jean-Philippe Carpentier est le représentant de la descendance patrilinéaire de la seconde Maison d'Artois, issue de Charles X, et il est le plus proche parent agnatique actuel de Louis XVI.

 Son geste de recueillement, en présence des membres de l’Ordre de Saint Lazare de Jérusalem, dont l’essence chevaleresque et les racines hospitalières remontent au Moyen-Âge par les soins apportés aux lépreux, relève d’une « approche strictement mémorielle, respectueuse de l’Histoire et de la transmission culturelle » ainsi que le précisait l’Institut du Sang de France.

 Ainsi, entre Brazzaville et Paris, deux dimensions du mémoriel se répondent :– Celle d’une Afrique dont la mémoire est un socle d’affirmation culturelle et géopolitique– Celle d’une Europe qui revisite ses héritages, non pour les imposer, mais pour mieux comprendre le monde qu’ils ont contribué à façonner ce parallèle révèle une vérité essentielle : le mémoriel n’est pas un territoire clos.

Il est un espace de dialogue, de reconnaissance mutuelle et parfois de réparation symbolique. En célébrant Brazzaville comme en honorant une date aussi sensible que le 21 janvier, Jean-Philippe Carpentier met en lumière l’importance de cette diplomatie des mémoires, qui relie les nations au-delà des siècles.

 Quels enseignements pouvons-nous tirer de cette histoire commune entre la France et Brazzaville, à l’aune des commémorations du 21 janvier 1793 lorsque Louis XVI, accablé par son supplice, pardonna à ceux qui se déclarèrent ses ennemis ?Que la mémoire ne sépare pas, elle relie. En outre, l’Histoire et la mémoire partagées nous montrent à nouveau que l’Afrique a beaucoup à offrir au monde comme le monde a beaucoup à reconnaître de l’Afrique.


Jean-Baptiste Collomb de Gombert