
À Paris, le président de la République a défendu une vision dans laquelle les technologies orbitales doivent servir à la fois le développement du continent, la préservation du Bassin du Congo et le renforcement de la souveraineté technologique africaine.
Le temps où l’espace relevait exclusivement de la conquête scientifique et de la rivalité entre grandes puissances est révolu. Satellites de télécommunication, géolocalisation, observation des territoires, agriculture, transports, télémédecine ou surveillance environnementale, les technologies orbitales sont désormais au cœur des économies modernes.
C’est dans cette transformation que s’inscrit la participation de Denis Sassou-N’Guesso au sommet international consacré à l’espace, à Paris en France. Invité au panel sur la « Vision des leaders africains pour l’espace », aux côtés notamment du président rwandais Paul Kagame et d’un représentant du président djiboutien Ismaïl Omar Guelleh, le chef de l’État congolais a porté une ambition qui dépasse les frontières du Congo.

En tant que Président de la Commission Climat du Bassin du Congo, Denis Sassou-N’Guesso a proposé la création d’un observatoire spatial des forêts du Bassin du Congo, que Brazzaville se déclare prête à accueillir.
L’ambition est de mettre les données satellitaires au service d’un territoire essentiel à l’équilibre écologique mondial. L’observation depuis l’orbite permet en effet de suivre l’évolution du couvert forestier, d’analyser les transformations des écosystèmes et de disposer d’informations utiles à la décision publique.
Installée dans la capitale congolaise, une telle infrastructure pourrait également devenir un outil de coopération entre les pays du Bassin du Congo et s’articuler avec l’Agence spatiale africaine.
Derrière cette proposition environnementale se joue une question plus large, celle de la place de l’Afrique dans la nouvelle économie spatiale.
Le continent utilise déjà massivement des données et services produits par des infrastructures étrangères. Pour les dirigeants africains, l’enjeu est désormais de développer leurs propres compétences, de renforcer leurs capacités d’observation et de participer davantage à la production et à la gouvernance des données qui concernent leurs territoires.
C’est aussi une question de souveraineté. Maîtriser l’information sur ses ressources naturelles, ses territoires et son environnement constitue aujourd’hui un avantage stratégique.
À travers cette initiative, Denis Sassou-N’Guesso cherche ainsi à positionner le Congo sur un secteur appelé à prendre une importance croissante dans les politiques publiques africaines.
Pour Brazzaville, l’enjeu n’est pas de rivaliser avec les grandes puissances spatiales, mais de transformer les outils orbitaux en instruments adaptés aux priorités du continent.
La protection des forêts du Bassin du Congo offre à cet égard un terrain concret, elle permet de rapprocher innovation technologique, action climatique et coopération régionale.
À Paris, le président de la République a donc porté un message à double portée. Pour le Congo, il s’agit de faire de Brazzaville un point d’appui régional dans l’observation de la Terre. Pour l’Afrique, de prendre progressivement part à un secteur stratégique dont elle ne peut plus être uniquement utilisatrice.
Une manière pour Denis Sassou-N’Guesso de placer le Congo dans une nouvelle géographie de la puissance, où la maîtrise de la donnée et des technologies spatiales devient aussi déterminante que celle des ressources naturelles.
Elphie Schella TSANA